N° spécial, aux coeur des arts

Publié le par REGARDS

Nuque en torticolis, cœur en charivari,

Dans les hôpitaux, j’pose et compos’ ma prose

Avec des mots sans pause, à tire-larigot,

C’est le tohu-bohu, j’m’amuse avec ma muse…

 

En ce début d’après-midi, les langueurs du temps pèsent sur les patients dont la file d’attente s’agrandit...

Un jeune homme brun, teint halé, costume bien coupé, se dirige vers nous en claudiquant... peut-être un accident de ski, pensé-je. Il s’assied sur le fauteuil à côté du mien, quitte ses lunettes noires cerclées d’or, se frotte les yeux puis me fixe d’un regard bleu d’émeraude. — Bonjour. — Bonjour. Il se lève déjà, fait quelques pas, pianote sur son téléphone portable et se retourne. Face à moi, je contemple l’horloge fixée au pilier, j’ai tout mon temps.

 

Le jeune homme s’impatiente, il semble pressé de s’en aller. Il se penche vers des revues, saisit un livret à couverture verte, posé sur la table. Il lit la quatrième de couverture puis feuillette au hasard les pages… l’heure n’a plus de prise sur lui.

Je me rends au service de radiologie et découvre sur un rebord, un livret à couverture orange, dont le titre m’intéresse : "Au cœur des arts" - 2000 Regards - Spécial 16e Printemps des Poètes. Sous l’illustration d’Hélène, est indiqué : à lire, à essaimer… pour le plaisir… votre plaisir… et à faire suivre… Numéro spécial 2014 - Gratuit… (À notre époque où tout est payant, c’est mon jour de chance !)

Lorsque je reviens m’asseoir… nous sommes deux à lire des poèmes. Si je lui demandais ce qu’il pense de la « Valse de Frédéric Chopin ? » ou de « Vertiges ? » Mais il est "captivé" par sa lecture.

Je parcours : …un air de souffle au cœur des arts, la voix du poète qui ne peut vivre sans poésie, un stylo qui effeuille, une peinture, une gravure, une sculpture, autant d’hommages à l’amour, et voici que d’un paysage, naît une fable avec un nom : DÈSLOU (un poème à lui tout seul), lové au cœur des arts, sur le napperon des jours... leur succède l’ode à Mélusine, sentiment fugace, la danse, la coccinelle qui sont musique ! Ô Créateur !

— Madame Félissy ? (Ai-je bien compris ? discrètement, je chante : Félicie aussi !) Une petite dame à chapeau beige, le dos courbé, se dirige vers la caisse ; elle paye sa facture, récupère son dossier et s’en va...

J’ouvre de nouveau le recueil : Ô Créateur ! là, ton pinceau folâtre, embrouille l’arc-en-ciel ! Luminosité ! Que mes oreilles entendent musique et peinture... derrière le rideau des marionnettes à fil, bouquet de couleurs, au parapet du poème et du pinceau de l’imagination ! Mon théâtre dans la Terre a des secrets inscrits dans sa mémoire. Au Pays des Songes, l’écho des mots en Cœur Art’ ou -à cœur nu- éclate en milliers de petits mots d’écriture porcelaine, les aigus pleurent, le braque a tailladé l’azur ! Ah ! l’art au cœur, je ne l’oublierai jamais ! Poésie de l’âme, onirisme à la lumière du 7e art, sans oublier l’amour, l’essence même de la vie, dans les mains du penseur ! L’on se détend à peindre ! Sculpture et peinture en poésie, brillante gemme, avec pour l’épilogue, le safran lumineux de Matisse.

Je m’arrête sur la quatrième de couverture : « Diaporamiste ! » Sous mes yeux clos, je rêve : s’offrent un rire, un délire, mais ce n’est qu’un rêve ! Quest... Qu’est-ce donc, que je ne sache déjà ? Rayonne en moi le poème de l’auteure éclairant ce jour, son poème s’unit à moi : « Je vais me réveiller, à chacun déjà, j’ouvre tout grand mon cœur, qu’ils puissent y puiser semences de bonheur… »

C’est à mon tour de régler ! (Je termine à l’instant ma lecture).

— 24 euros, s’il vous plaît ! La carte bleue est tendue, rendue… hop, au suivant !

J’entends : — Monsieur FELOUCCI ! (je ris, pensant à Félicie).

D’un geste indifférent, le jeune homme jette le livret sur la pile et s’oriente vers le guichet.

Le sourire aux lèvres, je place le mien sur une tablette en sortant. Sur le mur, clignote une inscription : écho…graphie : décidément, les arts sont de partout cette année !

2000 Regards… se poseront-ils sur ce numéro spécial de 2014 ? (Ô fascicules ! j’eus le bonheur de vous disposer, ici ou là, dans les salles d’attente, les maisons de retraite, les bibliothèques...). Mes prunelles se baignent encor en vous, appréciant la poésie de : « Regards... au cœur des arts ! »

 

Emma MAROIX

Publié dans éditions REGARDS

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