Les Agneaux de l'Oubli de Xavier Silvio BARBERA

Publié le par REGARDS

Les Agneaux de l'Oubli

( Berceuse dite « baudelairienne » ou de Rollinat )

 

 

Mon compagnon, viens donc, pressons le pas, pressons

Sur l'hymne des adieux, viens donc, voici l'aurore.

L'Aquilon des sommets nous hèle, gravissons

Charmer un sol qu'un ciel ensoleillé colore...

Mon compagnon, viens donc, pressons le pas, pressons.

 

" Ô Seigneur, disais-tu, ne finirai-je pas

De souffrir, quand viendra l'ultime fin, mon heure ?

Laisse-moi m'enchanter dans le sceau du trépas,

Permette qu'un soupir ainsi voulu m'effleure.

Ô Seigneur, disais-tu, ne finirai-je pas ? "

 

Viens sur ce jour-tumulte aux accents de l'oubli ;

Affûte ton fusil : un combat nous réclame.

Ah ! quel doux souvenir que le sang ennobli,

Quand la gloire posthume est d'une grandeur d'âme !

Viens sur ce jour-tumulte aux accents de l'oubli.

 

Nous sommes deux guerriers parmi la frondaison,

Notre sueur s'assemble aux larmes du supplice...

Le vacarme des chars a noyé ma raison ;

Le vautour guette encor la proie avec délice !

Nous sommes deux guerriers parmi la frondaison.

 

Pour assouvir ta soif éternelle, tu vas

Vers le champ de bataille aux multiples souffrances.

Grondant : " Qui sommes-nous ! Des infimes appâts ? "

Mais de nos cris l'écho bercera les silences...

Pour assouvir ta soif éternelle, tu vas.

 

Ah...mon ami, je vois la Faucheuse accourir

Empressée, où bien loin, l'espérance m'emporte.

Que j'aime à me revoir sauvé ! c'est ça mourir ?

Je chevauche le souffle ailé, lequel m'exhorte ;

Ah...mon ami, je vois la Faucheuse accourir.

 

 

Xavier Silvio BARBERA

Publié dans Artiste du jour

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