SAINT-JACQUES DE COMPOSTELLE

Publié le par REGARDS

  La région de Galice offre au touriste la diversité de ses reliefs et la variété de ses côtes rocheuses, aussi découpées que celles de Norvège. Montagneux et maritime, ce pays contrasté possède une végétation luxuriante, presque méditerranéenne, près des massifs de granit qui bordent l’océan. C’est dans cette pierre granitique que furent bâtis demeures des villes et des villages, remparts, châteaux, calvaires, oratoires, chapelles, églises, monastères, œuvres nombreuses qui jalonnent les chemins de Saint-Jacques de Compostelle. Le granit, c’est aussi la matière première des statues qui ornent les croix et les façades des édifices religieux, des sculptures qui décorent constructions sacrées et profanes de la belle province.

Au cœur d’un centre ancien magnifiquement préservé, s’élève la cathédrale dédiée à l’apôtre Saint Jacques, lieu de pèlerinage aussi célèbre que Rome, Jérusalem ou La Mecque. Les motivations des pèlerins sont généralement religieuses, mais de nos jours, les randonneurs qui empruntent "el camino" sont parfois poussés par bien d’autres mobiles, artistiques, esthétiques, historiques, culturels, touristiques, voire sportifs. Une récente comédie de Coline Serreau Saint-Jacques…La Mecque évoque plaisamment des profils de marcheurs fort inattendus et rien moins que mystiques.

Saint-Jacques de Compostelle se développe grâce à la découverte des restes de l’apôtre, reliques réelles ou supposées telles, au IXe siècle ; l’emplacement de la sépulture fut indiqué à un ermite par des faisceaux lumineux, d’où le nom attribué à l’endroit (campos, champ, stelle, étoile). Dès le Moyen Age, Saint-Jacques fut le but d’importants pèlerinages ; à l’époque, la coquille, très commune dans les eaux de Galice, permettait de prouver que le périple avait bien été accompli. De nos jours, le chemin demeure très fréquenté et la cathédrale manifeste avec éclat la puissance et la richesse d’une Eglise catholique liée à l’histoire de la monarchie espagnole.
La façade principale, dite de l’Obradorio, joyau baroque d’une extrême exubérance, rappelle la tradition d’orfèvrerie de la cité ; tout se passe comme si les sculpteurs s’étaient métamorphosés en orfèvres, ciselant la pierre avec un raffinement subtil, lui conférant une extraordinaire luxuriance. Mais attention, une façade peut en cacher une autre, plus ancienne ; à l’abri de la première, se dresse le majestueux ensemble du portail de la gloire, merveille de la sculpture romane qui donne une superbe vision de l’Apocalypse.
Il faut contempler longuement musiciens, anges, apôtres, prophètes qui paraissent doués de vie et de mouvement ; rien n’est rigide ou figé dans leurs postures ou leurs visages, graves ou souriants, ordonnés autour de Jacques le Majeur et du Christ en Majesté. Une colonne sculptée représentant l’arbre de Jessé (généalogie humaine du Christ) reçoit les empreintes des doigts des pèlerins qui espèrent ainsi voir exaucer leurs vœux. .
Le visiteur avance ensuite à l’intérieur, ébloui par l’ampleur des nefs, par le luxe des orgues fastueusement décorés, par la somptuosité du chœur ; le maître-autel est surmonté d’un baldaquin en bois recouvert de feuilles d’or généreusement orné de guirlandes fleuries, d’écussons…L’œil ne sait où se poser devant ce foisonnement de sculptures étincelantes ; de nombreuses chapelles latérales ou situées derrière le chœur abritent de splendides statues, dont Notre Dame la Blanche, aux traits purs et délicats, parmi beaucoup de saints qu’il serait trop long d’énumérer.
A cette exaltation visuelle vient parfois s’ajouter le parfum d’un gigantesque encensoir ; il ne faut pas moins de huit hommes pour l’actionner lors des offices solennels : l’objet est à la mesure de l’immensité de l’édifice.
A l’intérieur comme à l’extérieur de la cathédrale, l’image de Saint Jacques figure à maintes reprises ; à l’humble pèlerin appuyé sur son bâton et pourvu de l’emblématique coquille, se substitue parfois le matamore, le guerrier tueur de Maures, vision belliqueuse d’une église triomphante, écrasant l’adversaire ; l’esprit des croisades, l’alliance du sabre et du goupillon ont perduré au XXe siècle avec le pouvoir du dictateur Franco sur l’Espagne.
Outre la façade principale, la cathédrale en comprend plusieurs autres presque aussi remarquables par leur sève ornementale, celles des places de Platerias, de la Azacheria et de la Quintana, dotée d’une monumentale porte sainte ; différents points de vue permettent d’admirer la diversité des tours, tour de l’horloge, tour de la bougie dont les silhouettes dominent fièrement les alentours.
Une seule visite ne suffit pas, loin s’en faut, pour découvrir un tel édifice, complexe, grandiose, démesuré ; il abrite à lui seul un monde avec sa crypte, ses reliques, son cloître, ses trésors, sans oublier musées, archives et bibliothèque. 
 La frénésie décorative est telle que les yeux parviennent difficilement à se frayer un chemin parmi la densité sculpturale, à travers la foule des statues ; la multitude des touristes et des pèlerins tente de voir le peuple grouillant de pierres, de bois, d’or, d’argent, de fer, de regarder les saints, les anges et les rois, d’appréhender un univers aussi vivant à l’orée de notre millénaire qu’il le fut dans les siècles passés.
Marie-Noëlle Hôpital

Publié dans 2000regards

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