POUR LE CLUB DU LECTEUR-ACTEUR

Publié le par REGARDS

J’ai lu Ourania de J.M.G. Le Clézio, roman paru chez Gallimard en 2006.
 
            Pour information : J.M.G. Le Clézio, licencié es lettres, a travaillé à l’université de Bristol et de Londres, et séjourné au Cambodge et au Mexique. Outre ses romans, il a consacré de nombreux essais à plusieurs civilisations nomades menacées de disparaître, tant en Amérique latine qu’au Sahara.
J’ai retranscrit cette présentation de l’auteur pour mettre en éclairage dans quel esprit se situe ce roman d’Ourania : un livre, une sorte d’épopée entre histoire, conte, mysticisme et poésie ; un livre avec l’œil d’un ethnographe anthropologue ; un livre dans un monde d’enfants (et de sages) en recherche… un livre d’utopie.
Disons, pour en cerner l’atmosphère, qu’il y a, dans cet ouvrage, des modèles : Utopie de Thomas Moore ; Campos, cité bâtie au Mexique par des jésuites au 19ème et, peut-être, Le Petit Prince de Saint Exupéry, dans ses rencontres avec les humains.
Ourania est un recueil où s’expriment un géographe en mission, un guide pour aller vers la république idéale de Campos, un rêve humaniste de l’Emporio et l’amour (sous diverses formes). On y trouve des rêveurs, des angéliques, des justiciers, des contemplatifs, mages, conseillers, guides… d’aucuns pourraient dire des personnages initiatiques. Le décor y est de légendes, de robinsonnades, de leçons de choses, de mystères, de greniers à rêves, d’enfance. L’atmosphère se décline en ‘ailleurs’ : une quête, une pureté, une attente…
En quelques mots, j’ai trouvé, dans Ourania, une vie imaginaire –faisant écho à la mienne, une histoire –qui a à voir avec la mienne, mais aussi un lieu de savoir –comme quoi un roman peut l’être, dans le sens que j’ai appris de nouvelles choses, bien sûr, mais aussi et surtout dans les sens de la maïeutique (pouvant être traduit par ‘accouchement’ de sa propre réflexion avec l’aide de… ici, un roman), de révélateur à sa vie. Ourania, un passeur…
Ci-après, quelques extraits glanés le long du parcours et qui m’ont interpellée : il ne faut pas oublier que je m’inscris comme lecteur –acteur !
(… A noter que je n’ai relevé, ici, que ce que j’ai envie de partager : aparté, ce commentaire restrictif du nombre, trop important, de personnages –tous quasiment principaux, et des histoires qui s’intriquent comme miroir, reflets des unes aux autres- liens parfois factices bien que l’auteur ait écrit en p. 278 : Il m’a semblé que d’une certaine façon, il y a un lien logique entre l’aventure de L’Emporio et celle de Campos. De même parfois j’ai grincé des dents, entre autre de p. 199 à 204 ; là, le conseiller pourrait s’apparenter à un gourou d’une secte, ou, pour le moins, à un zélateur, prosélyte, recruteur d’adeptes.)
            Pour en revenir à notre propos et le ‘pourquoi’ j’ai relevé ces notes :
- p .65 : Nous sommes ici dans le pays rêvé des utopies. Nous sommes hors du temps, c’est un peu nulle part… 
parce que ma devise, au cadran solaire, est : Donne de toi et t’en trouve plein de soleils… M.
- p. 80-81 : La terre est notre peau. Comme notre peau, elle change, elle vieillit, elle s’affine ou s’endurcit selon les traitements qu’elle reçoit, elle se craquelle, elle se blesse…
            parce que mon corps a des traces –cicatrices d’accidents, d’opérations ; mais aussi des cernes et poches sous les yeux, des relevés d’épaules, une marche parfois en déséquilibre ; ou encore, et surtout, plein de ridelles rieuses autour du regard, un front craquelé par l’étonnement et/ou l’observation ; quant au béat de la bouche…
- p. 165 : Tous ceux qui viennent à Campos sont au bout de la route, ils n’ont pas d’autres endroits où aller…
            parce qu’en PS de mes textes j’écris parfois ‘Elle ne peut aller, plus longtemps, nulle part…’
- p. 204 : Je sais seulement que le monde est grand, que personne ne possède rien hormis ce qu’il fait…
            parce que la pensée que j’ai gardée de mes années d’école, écrite au tableau noir : ‘On reconnaît l’arbre à ses fruits’…
- p. 95-96 : Il n’y a pas d’école à Campos, c’est le village tout entier qui est une grande école… Ici on enseigne en conversant, en écoutant des histoires ou même en rêvant, en regardant les nuages… Il dit que nous devons apprendre tous à être petits pour devenir des humains… (Et p. 146-147) il m’a dit que ce n’est pas mal de faire quelque chose d’agréable… C’est cette nuit que j’ai commencé à aimer…
            parce que je fus enseignante et formateur d’adultes, et que je crois avoir appris durant ce temps là que l’on ne peut transmettre que ce que l’on a, ce que l’on est, ce qu’on a regardé, écouté, senti, expérimenté ; et que le savoir est un trésor de vases communiquants. Il est comme le voyage : l’important n’est pas l’arrivée, mais le cheminement…
Car…  p.30 : Notre école c’est tout le temps, le jour, la nuit, tout ce que nous disons, tout ce que nous faisons…
Pourquoi ? p. 31 : (Raphaël) regardait tout avec attention comme si ce qu’il voyait était incroyablement nouveau. Il ne s’est pas étonné que je l’accompagne…
            parce que ce club du lecteur, acteur me stimule à m’arrêter –dans la lecture, dans l’histoire ; à goûter, à faire silence pour écouter, m’écouter –au lieu de lire en diagonale pour aller vers ce que je sais, ou crois savoir ; à peser chaque phrase pour me mettre en harmonie, comparer s’il y a concordance avec l’expression de l’auteur, la mienne et celle que je pourrais (et comment je le pourrais), que je voudrais partager avec ce club, au moment du compte rendu. J’ai remarqué aussi que le fait de devoir partager ma lecture, cela me faisait obligation, parfois, de revenir en arrière, quand j’ai la sensation d’être passée à côté de quelque chose d’important…
Alors je relève des bribes de phrases : les mots cueillis donnent des ailes à ma plume pour écrire… Essayez ! C’est curieux, mais ces morceaux glanés s’édifient, s’emboîtent telle une construction : celle d’une histoire de soi, une facette d’atmosphère qui émerge comme l’image lumineuse d’un kaléidoscope…
            Oui, ces mots recueillis me donnent à voir une autre histoire que celle du livre, une histoire qui serait la mienne et qui resterait à ‘découvrir’ en la soumettant au regard, miroir, de l’autre, du club, de toi…
- p.29 : Le monde est plein de choses très belles et on pourrait passer sa vie sans les connaître…
            parce que Le Petit Prince m’avait révélé, enfant, qu’un renard peut être apprivoisé et qu’une rose peut être unique… Or là est le vrai, le bien, le beau…
Monique Pourre

Publié dans 2000regards

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