TEMOIGNAGE

Publié le par REGARDS

A ma naissance, en 1951, la sage femme, une bonne sœur, m’a sauvé la vie en me ranimant. Les médecins étaient absents, trop occupées à faire la fête.
 
A deux ans, mes parents se sont rendus compte de mon handicap, car je ne marchais pas et ne parlais pas. Ma mère est allée voir un pédiatre qui lui a dit qu’elle avait déjà la chance que je sois en vie, et intelligent.
 
Infirme moteur cérébral, je n’ai pas connu la chance de parler, de marcher, de m’amuser avec des copains de mon âge, et pourtant, ce n’était pas l’envie qui me manquait… Lorsque je voyais des garçons jouer au ballon, je trépignais de rage. Ma grand-mère avait toutes les peines pour me tenir.
 
En 1951, être handicapé, c’était peu courant. Dans la rue, je faisais l’attraction des passants ; que de réflexions stupides, à mon égard : "Oh madame ce que je vous plains d’avoir un enfant comme ça ! Est-il intelligent ? Il aurait dû mourir à la naissance…"
 
Avec une patience admirable, ma mère m’a appris à lire, à écrire et à compter. Puis au centre Henri Gormand, à Ecully, des éducatrices m’ont appris à taper à la machine avec un stylet et un guide doigts. J’ai acquis un niveau de certificat d’études. Après un long apprentissage de la machine à écrire, j’ai suivi des cours par correspondance, et j’avais droit à un soutien à domicile. Une institutrice, handicapée, m’a donc aidé pour mes cours… La première fois qu’elle m’a vu, elle a été perturbée par mon handicap, elle croyait que j’étais débile, mais avec le temps, on s’est beaucoup appréciés.
 
Lorsque je suis arrivé à taper à la machine, rien qu’un mot, ce fut une grande joie, et pouvoir communiquer avec mes proches, c’était extraordinaire !
 
Vers 17 ans, je composais mes premiers poèmes et surtout, à cette époque, je n’avais que ma machine pour m’exprimer. Ne pouvant pas emmener ma machine, j’affrontais difficilement le dialogue avec les personnes extérieures.
 
Un jour, j’ai demandé aux ergothérapeutes de me fabriquer un clavier Azety, fixé à mon fauteuil et par la suite, pendant des années, j’ai pus montrer les lettres du clavier avec mon pouce gauche. Une grand partie du personnel me comprenait très bien… mais, depuis six mois environ, mes membres se sont atrophiées, il a fallu modifier le clavier en trois blocs.
 
En bas du clavier, un petit résumé de trois lignes, explique comment dialoguer avec moi et je trouve que cette nouvelle méthode, plus directe, est plus rapide que Dialo.
 
J’ai aussi une synthèse vocale appelée Dialo, celle-ci me permet d’écrire des messages à l’avance, comme par exemple transmettre quelque chose d’important à un médecin sans l’aide de quelqu’un.
 
En progressant encore avec Dialo, je pourrais presque communiquer à l’extérieur, tandis qu’avec le clavier, personne n’aura la patience de me comprendre, sauf mes proches.
 
 Christian Blanchard
 

Publié dans 2000regards

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isabelarte 31/01/2008 20:10

et si nous n'avons pas la patience de vous comprendre, bien dommage pour nous, mais saurons-nous  apprécier la beauté des textes que vous écrivez...pleins de sensibilité, de vérité, de joie...Merci