Artiste du jour : Catherine Oelhoffen
LE CŒUR SUR LA MAIN
Il était une fois un bourgeois fort nanti.
Bien que riche il était généreux et gentil
Il ouvrait à chacun sa table et son logis.
Et tous en le louant avaient bon appétit
Il avait le cœur sur la main, la bourse aussi,
C’était un bon Samaritain, c’était ainsi.
On l’admirait beaucoup et l’on priait pour lui,
Il était respecté, admiré et chéri.
Mais un certain matin ses deniers il perdit.
Un infâme gredin avide de profits,
Avait réalisé un placement bandit.
«C’est la crise»… apprend-il ; nul n’avait rien prédit.
Son épouse avertie le quitta et partit,
Sa fille en fit autant et regagna Paris.
Il se retrouva seul et de tout démuni.
Pour tous ses créanciers, ses meubles il vendit.
Et le voyant ainsi, les passants ses amis),
Désormais l’évitaient. Craignant qu’il ne mendie
Un peu de réconfort ils marquaient leur mépris.
Par ce revirement il fut anéanti
Il sombra dans l’oubli et perdit tout crédit.
Ainsi désespéré, il erra dans la nuit.
C’est alors qu’en chemin, une lueur se fit,
Une pauvre chaumière éclairée de bougies.
Epuisé il frappa et la porte s’ouvrit.
Un vieil homme voûté simplement l’accueillit.
- « N’es-tu pas le bourgeois dont on parle au pays ?
Je ne suis rien, je suis banni, je suis maudit. »
- « Que dis-tu là l’ami, ce discours est folie !
Tu es un homme bon, cela n’a pas de prix.
Ma demeure est la tienne, je t’offre cet abri,
J’en serais honoré si tu veux bien de lui. »
- «J’accepte avec bonheur et te dis grand merci.
Tu es un bon Samaritain, sois donc béni.
Tu as le cœur sur la main, j’en suis attendri
Et me sens si indigne au vu dont tu agis.
Tu n’as rien pour toi-même et tu donnes à autrui.
J’avais tout sans mérite et me voilà puni.
Ce n’est que justice et je m’en repentis.
Je voudrais compagnon que tu m’instruises aussi. »
- « Tu n’as pas à rougir, aucun mal n’as commis.
Il est plus méritant de donner ses acquis
Quand on est bien pourvu, qu’un bout de pain rassis
Quand, à partager, on n’a que ses soucis.
- Tu étais riche hier mais tu es pauvre aujourd’hui
Et ton cœur est pareil et cela seul suffit.
Tu es bien jeune encore et demain reparti,
Tu comprendras alors le vrai sens de la vie. »
Les deux Samaritains, depuis lors très unis,
Et le cœur sur la main, se donnaient sans répit.
Par leur seule bonté, sans biens et sans roupies,
Ils parvinrent à laver le sceau de l’infamie.