Printemps de poètes : Pouvoir de Guy Vieilfault

Publié le par REGARDS

Ceux-là n’ont point changé qui toujours nous gouvernent
Et dont certains, céans, prétendent qu’ils nous bernent.
Jadis, ils naissaient rois,
Juchés, d’autorité, sur de fiers palefrois,
Bardés de courtisans, comblés de favorites,
Qui donc aurait osé contester leurs mérites ?
On en connut d’aucuns, riches de déraison,
Dont l’esprit, vif autant que celui d’un oison,
Parmi tous leurs sujets était bien des plus minces.
Qu’importe : ils étaient princes,
On s’en accommodait.
Fût-il aussi sot qu’un baudet
Le seigneur était maître
Plus qu’un autre ayant eu la fortune de naître.
Ce jour, on ne naît plus :
On parvient, tout au plus.
Si l’air est différent, la chanson est bien telle
(La morgue s’agrégeant d’un soupçon de cautèle)
Que l’ouïrent nos Anciens
Entonnant le cantique en benoîts paroissiens.
Foin des bénédictions et autres patenôtres
- Ces attrape-nigauds qui longtemps furent nôtres -
Nos maîtres sont nouveaux
Qui ne répugnent point à nous baptiser veaux
Dans ces mêmes salons où de tristes figures
Racontent aux lambris de nobles gravelures.
Souverains de naissance ou monarques élus,
Ils dorment au Château, cœur léger, panse pleine,
Inventant chaque jour, de plus en plus mafflus,
Pour le peuple dévot quelque calembredaine.

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